BCE : taux gelés, départ de Lagarde, et des emprunteurs modestes déjà au-dessus de 4 %
La Banque centrale européenne (BCE) a laissé ses taux inchangés le 29 octobre et annoncé le départ de sa présidente au 7 février 2027. Les marchés parient sur une troisième hausse en décembre. Les banques ont déjà relevé leurs barèmes de crédit, alors que les livrets n’en profiteront qu’en février.
En juin, Christine Lagarde assurait qu’« un capitaine ne quitte pas le navire ». Le 29 octobre, la BCE a fait savoir par communiqué que sa présidente quitterait ses fonctions le 7 février 2027, neuf mois avant le terme d’un mandat qui courait jusqu’au 31 octobre 2027. Elle présidera sa dernière réunion le 4 février. « Je veux avoir la liberté de parole, la liberté d’expression », a-t-elle expliqué en conférence de presse. Le Conseil européen désignera son successeur. La presse cite le Néerlandais Klaas Knot et l’Espagnol Pablo Hernández de Cos. Pour Felix Feather, économiste chez Aberdeen Investments, « en quittant ses fonctions avant l’élection présidentielle française, son départ signifie que le vainqueur de ce scrutin n’aura aucun rôle à jouer dans le choix du prochain président de la BCE ».
Sur les taux, le statu quo a été décidé à l’unanimité : 2,50 % pour la facilité de dépôt, 2,65 % pour le refinancement, 2,90 % pour le prêt marginal, après deux hausses de 0,25 point en juin et en septembre. L’inflation de la zone euro a atteint 3,8 % sur un an en septembre selon Eurostat, sous l’effet d’une énergie en hausse de 18,9 %, et 2,5 % hors énergie, alimentation, alcool et tabac. Le Conseil des gouverneurs « a débattu de l’opportunité d’une hausse des taux », a reconnu Christine Lagarde. « Les marchés anticipent actuellement environ trois hausses supplémentaires des taux directeurs de la BCE, ce qui porterait le taux terminal à 3,25 % », observe Konstantin Veit, gérant de portefeuille chez Pimco, qui table sur une hausse lors de la réunion du 17 décembre. Chez Pictet Wealth Management, Nadia Gharbi, économiste senior, juge pour sa part que « le cycle de resserrement monétaire approche de sa fin ».
Le crédit immobilier a pris de l’avance
Les emprunteurs n’ont pas attendu décembre. Selon le courtier Pretto, les taux moyens de novembre atteignent 3,56 % sur 15 ans, 3,76 % sur 20 ans et 3,85 % sur 25 ans, en hausse de 0,06 à 0,11 point en un mois. Les ménages qui gagnent moins de 40 000 € par an empruntent désormais à 4,07 % sur 25 ans, contre 3,53 % pour ceux qui dépassent 120 000 €. Plusieurs banques ont relevé leurs grilles dès la mi-octobre, comme le Crédit Mutuel du Sud-Ouest (+0,25 point le 19 octobre) ou le Crédit Agricole Île-de-France (+0,20 point le 21 octobre). Pour 250 000 € sur 20 ans, la mensualité hors assurance passe à 1 484 €, 13 € de plus qu’en octobre, soit environ 3 115 € d’intérêts supplémentaires sur la durée du prêt. Le taux d’usure, plafond légal assurance comprise, reste fixé à 5,40 % pour les prêts de 20 ans et plus jusqu’au 31 décembre.
La demande recule déjà. Dans l’enquête trimestrielle de la BCE auprès des banques, publiée le 27 octobre, le solde entre établissements constatant une baisse et une hausse de la demande de crédit à l’habitat atteint -27 % au troisième trimestre, contre -15 % au deuxième, et les banques s’attendent à -36 % en fin d’année. Elles désignent la hausse des taux comme premier facteur, devant le recul de la confiance des ménages, et prévoient un durcissement de leurs critères d’octroi d’ici la fin de l’année. Pour Pierre Chapon, cofondateur de Pretto, les banques cherchent à « défendre leurs volumes dans un marché peu dynamique ». Il relève que l’écart entre deux établissements peut devenir important lorsqu’ils ne relèvent pas leurs grilles le même jour. La BCE a d’ailleurs souligné dans son communiqué que les conditions de financement s’étaient durcies depuis sa réunion de septembre. En conférence de presse, Christine Lagarde a décrit la hausse des coûts d’emprunt comme un resserrement supplémentaire.
Les livrets suivent avec un semestre de retard
Pour l’épargne réglementée, le calendrier est fixé par une formule. Le taux du Livret A correspond à la moyenne entre le taux interbancaire au jour le jour de la zone euro (€STR) et l’inflation hors tabac, calculées sur les six mois précédents, arrondie au dixième avec un plancher de 0,5 %, le gouvernement pouvant s’en écarter sur proposition de la Banque de France. Il n’est révisé qu’au 1er février et au 1er août. L’essentiel des hausses décidées par la BCE en 2026 ne se retrouvera donc dans les livrets qu’au 1er février 2027. Les projections privées situent le futur taux entre 2,2 % et 2,6 %, contre 1,7 % aujourd’hui, pour une inflation française de 3,1 % en septembre selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Le livret d’épargne populaire doit offrir au moins 0,5 point de plus. Les banques ont relevé leurs barèmes dès la flambée des taux longs, à la mi-octobre. Les épargnants, eux, devront patienter jusqu’au 1er février.